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26/09/2009 RJ Ellory, l'interview - Vendetta
1. Liwreo.com : Vous vous êtes mis dans la peau d’un tueur. Quelles traces cela a-t-il laissé en vous ? R.J. Ellory : Eh bien, j’ai certainement réalisé beaucoup plus de recherches sur des faits réels pour ce livre que pour n’importe quel autre livre que j’ai écrit, et ce fut un enseignement en soi. Il faut trouver le bon équilibre entre faits réels et fiction dans ce type de roman. Pour moi, le meilleur conseil que j’ai entendu à ce propos est : « n’étale pas trop ta science ». Si vous affichez votre savoir trop lourdement, une œuvre de fiction peut devenir un documentaire, et ce n’est pas ce que nous voulons ! Le principe du documentaire est de donner de l’information au lecteur. La fiction consiste à susciter une réaction émotionnelle. J’ai consacré des semaines entières à lire des choses sur la mafia, son organisation, ses membres, son histoire, sur ce qu’elle a fait pour contrôler les villes et les populations, et j’ai été surpris par l’étendue de son emprise. La vérité sur la question est qu’un grand nombre de gens impliqués dans la mafia n’étaient pas des nantis ou des gens intouchables. Il y avait des soldats et des pions. Ils n’en tiraient aucun prestige, aucune énorme fortune personnelle, aucune protection contre leurs ennemis. Je pense que ce dont j’en ai ressorti a été de comprendre que la mafia a réellement exercé son contrôle par la peur, les menaces, les agressions, et que la plupart des gens ont été amenés à croire que c’était le moyen de vivre sa vie avec le plus de succès. Cela m’a donné une meilleure compréhension des gens, et en même temps, cela m’a fait réalisé à quel point ils pouvaient être totalement vulnérables et facilement influençables.
2. Peut-on devenir meilleur au contact du Mal ? Je pense qu’il faut faire face au Mal. Une part significative de la vie peut apparaître comme étant destructrice, mauvaise, terrifiante, et si on ne s’y confronte pas, si on ne s’aperçoit pas que c’est là et qu’on n’y fait pas face, alors on en sera d’autant plus affecté. Ce sont les choses dont vous ne vous occupez pas qui peuvent vous blesser. C’est au moment où vous regardez les choses bien en face qu’elles ne peuvent plus vous faire de mal. Plus vous comprenez de choses sur la vie, sur les gens, sur ce qu’ils sont capables de faire, plus vous réalisez que celles qui sont vraiment dangereuses concernent une toute, toute petite part de la population. Ceci, en soi, est une forte prise de conscience. Plus vous en savez, plus vous prenez le contrôle de votre vie et de ce qui vous entoure.
3. Quel a été le déclic qui a fait naître cette histoire ? Un intérêt depuis longtemps pour la mafia. Une fascination très profonde pour la mafia, pour le crime organisé, pour la manière selon laquelle une famille peut devenir un empire qui contrôle une ville ou un pays pendant des années et des années. En outre, il y a la question de la famille en elle-même. La mafia tournait tout autour de la famille. La loyauté allait de paire avec la famille. C’était la chose la plus importante d’entre toutes. Pour moi, je cherche toujours le contact émotionnel dans une histoire, et ce fut facile avec celle-là – le sens de la loyauté engendré par aucune autre raison que le lien du sang.
4. Où se situe dans ce roman la limite entre la fiction et la réalité ? Bonne question ! Ernesto Perez est un personnage fictif bien sûr, comme l’est Ray Hartmann, mais un grand nombre d’évènements et de personnes citées sont authentiques. J’ai essayé de tisser un fil imaginaire avec un arrière-plan réel, c’est pourquoi on a affaire aux chefs des Cinq Familles de la mafia new-yorkaise, aux décès des Kennedy et de Marilyn Monroe, à la révolution cubaine, au meurtre de Jimmy Hoffa, à toutes ces choses. Je voulais écrire de telle sorte que tout cela puisse être vrai. Quand tout a été dit et fait, il faut trouver une bonne histoire. Il faut que cela ait de l’intérêt, retienne l’attention et remette les choses en question, et je pense avoir écrit une histoire forte qui entraînera les gens qui la liront.
5. Ecrire ce livre vous a-t-il donné une perspective différente sur la vie ?
Est-ce que cela a changé la façon dont je vois les choses et cela m’a-t-il rendu différent ? La réponse est oui. Je pense que tous les livres que j’écris font cela. Je fais de nombreuses recherches, je découvre beaucoup sur l’Histoire, sur la façon dont les gens ont fait des choses, comment ils ont été affectés par des évènements et des circonstances. Ce que je garde en mémoire est le degré auquel les gens peuvent survivre et se remettre de choses vraiment terribles. Cela me redonne foi en l’humanité. Cela me prouve constamment que la chose la plus importante dans la vie, ce sont les gens.
6. Quels sont les points communs entre Hartmann le « héros » et Perez le serial killer ?
La loyauté envers leur famille. Le désir de bien faire, chacun dans une optique très différente, mais toujours avec cette intention de bien faire. Voir que la justice est faite. Je pense que ce qu’ils ont le plus en commun est le fait de considérer qu’il n’y a pas qu’eux dans la vie, et que les gens auxquels ils sont attachés sont les personnes les plus importantes.
7. Vous montrez des liens étroits entre le monde mafieux et le monde politique d’il y a cinquante ans. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Eh, bien, c’est difficile à dire. Je ne pense pas que la mafia ait dans les pays proches des nôtres le niveau de contrôle qu’elle a pu avoir, assurément aux Etats-Unis. Giuliani a fait un énorme travail dans les années 80 pour débarrasser New York de la mafia. Elle contrôlait les pressings, les centres de déchets, la construction, le marché aux poissons, les taxis, de nombreuses choses de la sorte, et Giuliani a travaillé avec les bureaux fédéraux chargés de faire respecter la loi pour qu’ils soient dévoilés au grand jour et écartés. Son travail a vraiment été couronné de succès et je pense que bien que la mafia existe toujours, elle diminue à chaque génération. Je ne dis pas qu’il n’y aura plus jamais de crime organisé, mais je pense que la mafia ne retrouvera jamais les niveaux de contrôle et d’influence qu’elle possédait dans les années 50 et 60.
8. Croyez-vous au destin ?
Non, je n’y crois pas. Je suis réaliste, pas fataliste. Je crois que le niveau de contrôle et de libre arbitre que les gens ont sur leur propre vie est bien plus grand que ce qu’on nous a appris ou poussé à croire. J’estime que les gens ont les moyens d’agir et d’influer énormément sur leurs propres vies et leurs circonstances, et je pars toujours du principe que s’il y a quelque chose qui m’arrive qui ne me convient pas, alors je suis le mieux placé pour agir.
9. Vous écrivez des thrillers. Quel autre style littéraire serait une aventure pour vous ? Je pense que j’écrirais peut-être un livre surnaturel. Peut-être un drame humain, un ouvrage de littérature. Je pense écrire dans un style inhabituel pour des thrillers, peut-être davantage conduit par la prose et plus poétique que de nombreux livres du genre. Il se peut qu’un jour j’écrive une histoire qui soit juste une histoire, qui ne soit pas un thriller ou un polar, juste un livre sur les gens. Un drame humain.
10. Le héros de « Vendetta » rencontre le héros de « Seul le silence ». De quoi parlent-ils ? Ray Hartmann et Joseph Vaughan ? Ils parleront de persévérance, du courage de leurs convictions, du fait de ne jamais abandonner sous prétexte qu’un problème ne peut se régler, aussi compliqué soit-il. Ils parleront des décisions que vous devez prendre lorsque le bien-être et la sécurité des gens que vous aimez sont plus importants que votre propre vie. Ils parleront d’honnêteté, d’intégrité, de faire ce qui est juste en dépit des obstacles et des défis. Et ils parleront de leur foi éternelle en la vérité, et du fait que trouver la vérité est la chose la plus importante entre toutes.
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